MONDKOPF : LA TETE DANS LA LUNE, LES PIEDS SUR TERRE

Il fêtera ses 24 ans demain, quelques heures à peine après avoir enflammé le Palais des festivals. Pour le jeune toulousain qui se rêvait réalisateur ou projectionniste, c’est un beau clin d’œil. En attendant, c’est en toute simplicité que Mondkopf (de son vrai prénom Paul) nous a reçu dans sa loge. En acceptant de répondre à nos questions, il nous a offert l’occasion de découvrir un jeune homme aux attendrissantes contradictions. Peu sûr de lui malgré un succès grandissant, c’est avec retenue mais passion, toujours, qu’il nous parle de ses nouveaux projets et de son prochain album. Une jolie rencontre, comme on les aime.

Mondkopf signifie « tête de lune » en allemand. C’est une façon d’affirmer ton côté lunaire et rêveur ?
Paul : Complètement. En fait, c’était un petit personnage que j’aimais dessiner, qui avait une grosse tête de lune. Il était censé me représenter puisqu’on disait toujours de moi que j’avais la tête dans la lune. J’y suis toujours d’ailleurs… Hier, j’ai raté un train en étant à la gare. Je l’attendais et… je l’ai vu passé ! Je rêvais en fait… (rires). Je porte bien mon nom.

En France, on aime mettre les artistes dans des cases. On a souvent tendance à te classer dans l’I.D.M (Intelligence Dance Music), ça te convient ?
Paul : Je n’aime pas trop le terme I.D.M, mais c’est vrai que c’est ce que j’ai écouté pendant longtemps : Electronica, le label Warp, Planet Mu… tous ces labels anglais ou allemands ont influencé ma musique.

La musique que tu proposes est assez hypnotique. Que cherches-tu à provoquer chez le public?
Paul : J’aime faire réagir les gens physiquement et mentalement. Qu’ils bougent, qu’ils rêvent… J’aime qu’il y ait une émotion frontale, un échange direct avec le public.

Tu dis être fasciné par le pouvoir photographique de la musique et en a une vision très onirique. Est-ce que les images sont à la base de ton travail ?
Paul : Je n’ai pas forcément d’images ou d’histoire dans la tête dès le départ. La démarche n’est pas vraiment cinématographique. Je vais plutôt partir de sons, de rythmes, travailler ensuite sur la mélodie. Les images viennent après.

C’est important que la musique raconte une histoire ?
Paul : Oui, j’aime bien qu’il se passe pas mal de choses dans un morceau, qu’il soit court ou long. J’aime les variations.

De quels artistes te sens-tu proches ?
Paul
: Beaucoup… mais je dirais Clark qui est sur Warp, je jalouse tous ces disques en me disant que c’est exactement ça que je veux faire ! Ben Frost aussi, qui a sorti un dernier album assez superbe. Il est sorti après que j’ai eu fini de composer le mien, le prochain, mais ça ressemble vraiment à ce que j’aimerais faire maintenant.

Parlons justement de ce nouvel album, il est prévu pour quand ?
Paul : Début 2011. Ca a pris un peu de retard parce que j’ai fait l’enregistrement de vrais instruments à Toulouse, j’en attends juste un dernier pour finir le mixage et l’envoyer au master.

Après Galaxy of Nowhere, on peut s’attendre à de nouvelles sonorités ?
Paul : Oui, ça va complètement évoluer. C’est beaucoup plus sombre. Le public qui a aimé le premier album sera peut être un peu choqué. Ca restera toujours assez onirique, mais ce sera beaucoup plus frontal, plus direct.

Retrouvera-t-on des collaborations sur ce nouvel opus ?
Paul : Non, personne de connu. J’y ai réfléchis mais je trouvais que l’album sonnait très bien comme ca. Ca ne m’intéresse pas cette mode du featuring. Seulement s’il s’agit d’une réelle rencontre, alors là oui, ça peut être cool.

Avec qui aimerais-tu travailler ?
Paul : Je fais de la musique avec Guillaume (Redhotcar des Fluokids, son manager présent lui aussi ndlr) sur un autre projet, mais c’est plus pour se faire plaisir. Je travaille aussi avec Nil Hartman de temps en temps ; ont fait des petits morceaux comme ca, pour le plaisir aussi. Mais sinon, j’aimerais bien travailler avec Chris Clark.

As-tu déjà essayé de le contacter pour lui proposer ?
Paul : Non, non… Une rencontre s’est déjà faite autour d’un diner une fois mais je n’ai pas osé. En plus mon anglais est mauvais ! Je reste très impressionné des artistes dont je peux être fan.

Certains de tes titres m’évoquent une certaine nostalgie. Est-ce que je me trompe?Paul : C’est vrai que j’aime bien embrasser le passé, mais jamais avec tristesse ni regrets. J’aime le porter en moi mais jamais de façon mélancolique. Je ne puise que dans les bons souvenirs.

Y a-t-il un titre qui te tient plus à cœur que les autres ?
Paul : Pas vraiment. Une fois qu’un titre est sorti, je le joue en live mais je ne le réécoute plus. J’en vois toujours tous les défauts en fait, c’est bizarre. Du coup j’ai toujours envie de le refaire…Il y a des morceaux dont j’étais vraiment content sur le moment, comme La Dame en bleu ou le remix de Johnny Cash… aujourd’hui je ne les renie pas, mais je bloque sur les défauts, je n’en ai plus du tout la même vision innocente.

Tu es toulousain mais vis dorénavant à Paris. Malgré ton jeune âge tu connais déjà un beau succès : alors, pas trop sollicité par les requins ?
Paul : Euh… je laisse mon manager tout gérer en fait (regard et sourire vers Guillaume). Et comme c’est un pote, je lui fais confiance. S’il y a des requins, alors il m’en a protégé, parce que je ne les ai pas vu s’approcher.
Guillaume : Pour un artiste électro, aujourd’hui la scène est monopolisée par les labels club qui ont une vraie vision du business, la manière de gagner de l’argent… Nous on est allé voir un petit label indé (Asphalt Duchess) qui sort des disques plutôt expérimentaux.
Paul : Je suis plus à l’aise avec un petit groupe qui peuvent être mes potes plutôt qu’avec une structure gérée par un patron de label que je ne verrai jamais.
Guillaume : Et puis tu ne traines pas trop avec les gens du milieu non plus…
Paul : C’est vrai.

Les critiques de la presse sont-elles importantes pour toi ?
Paul : Je sais que ce n’est pas très sain, mais je les regarde pas mal. Peut-être un problème de reconnaissance. Ca me fait plaisir de voir qu’on aime ce que je fais, parce qu’en fait, j’étais très nul à l’école, et là, de voir des avis positifs quant à ce que je fais, ça me rend un petit peu heureux.

Tu es plutôt chanceux, les critiques sont très bonnes.
Paul : J’ai eu des petites critiques mauvaises, mais plus sur de la forme que sur la musique en elle-même. Alors c’est vrai que ca peut m’affecter, parce que ma musique, c’est moi… je dois être un peu trop sensible.

Toi qui aimes tant le cinéma, tu n’as jamais pensé à diriger toi-même l’un de tes clips ?
Paul : Non… (avant d’être interrompu).
Guillaume : Super idée ! … Ca se fait vachement en plus.
Paul : J’ai voulu faire des études de cinéma pour être réalisateur, mais il faut être fort pour diriger son équipe, et je ne le suis pas trop, je n’aime pas donner des ordres, je ne sais pas m’imposer pour que les gens suivent.

Y aurait-il un réalisateur à qui tu aimerais confier ce travail ?
Paul : Celui qui a fait le clip When I grow up de Fever Ray (Martin de Turrah ndlr) avec la gamine dans la piscine… ça irait bien avec ce que je fais.

Et poser ta musique sur la B.O d’un film ?
Paul : Complètement. J’ai faillit le faire pour un petit film indépendant, qui a eu des problèmes de production. J’étais chaud mais c’est impressionnant, tu peux aussi faire que le film soit bon ou pas. Sur le coup je me suis dit que j’étais peut-être encore un peu trop jeune pour participer à un tel projet.

Quels sont tes réalisateurs favoris ?
Paul : Terrence Malick , Gus Van Sant, Tarkovski

Et un film culte ?
Ghost Dog, de Jarmusch.

Pour finir, peux-tu nous donner une petite anecdote sur toi ?
Guillaume intervient : Il est fan de Glee ! (une série américaine qui connaît beaucoup de succès ndlr).
Paul : C’est vrai… je suis fan. J’en regardais un épisode encore tout à l’heure. Je suis amoureux de la pompom girl, elle est magnifique et elle chante super bien ! Dès qu’ils se mettent à chanter, je me mets à chanter… Tu vois, je fais de la musique sombre mais je chante devant Glee !

Interview réalisée pour New Release lors du festival Pantiero 2010.

M.

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