LE CAS KAVINSKY

ARCHIVES – PRÉ COMMUNE PRÉSENCE.

Tête d’affiche de la soirée d’ouverture de l’United Kingz Festival, Kavinsky était impatiemment attendu hier soir par une foule de jeunes surexcités aux abords d’un club niçois. Dans leurs plus beaux apparats (jean slim et t-shirt dernier cri), ils étaient nombreux à négocier l’entrée après qu’un imprévu de dernière minute ait obligé les organisateurs à déplacer la soirée dans un lieu sélect du centre ville.  Sagement en retrait, nous décidions de patienter en nous délectant des échanges aimables entre public fougueux et vigiles, lorsque l’artiste pointa le bout de son nez.
Discret, caché derrière ses lunettes de soleil fumées, pas encore repéré, c’est un Kavinsky très cordial mais quelque peu comateux qui nous salua. Pas très fan des interviews, pas forcément à l’aise dans l’exercice, Kavinsky nous a pourtant agréablement accordé hier la seule interview de la soirée.
A la fraiche, dans la rue, et à une heure avancée de la nuit, Kavinsky nous a répondu sur le vif, longuement, et en toute simplicité. Extraits.
A quelques minutes du show tu te sens comment ?
Kavinsky : Comment je me sens… j’ai bien mangé, j’ai bu un bon vin, un bon Cognac, j’ai fait une micro sieste et donc me voilà. Il faut que je me fasse un petit verre pour me mettre dedans. Comme quelqu’un de très normal. Comme tous les petits jeunes qui nous regardent.

La sortie de ton prochain EP, NightCall, est prévu pour le 15 mars. Tu appréhendes ?
Kavinsky
 : En fait, il va y avoir un peu de retard, des délais dans la fabrication. Je pense qu’au final ce sera pour le tout début avril. Mais oui, j’appréhende pas mal, surtout que ça fait longtemps que je n’ai pas sorti d’EP, ça doit bien faire trois ans. J’appréhende à fond, et le mot est faible.

Sur le premier titre on te retrouve en featuring avec Lovefoxxx du groupe CSS. Comment vous êtes-vous retrouvés à travailler ensemble ?
Kavinsky
 : Je cherchais une chanteuse et puis j’ai rencontré Lovefoxxx via mon producteur Marc Teissier Ducros. En fait j’avais casté deux trois nanas avant mais qui au final ne me plaisait absolument pas. Et puis Guy-Man’ (Guy-Manuel De Homem-Christo, moitié de Daft Punk ndlr) m’a parlé de Lovefoxxx, que je n’ai pas du tout rencontré en fait. On s’est parlé par Ichat, par mail, mais on ne s’est jamais vus. Elle a fait un test, j’ai trouvé ça cool. On a refait un second test en lui donnant deux trois directions mais je n’ai pas eu besoin de lui dire tant de choses pour que ça fonctionne. Je suis super satisfait, super content du morceau.

Le remix du titre est signé Dustin N’Guyen. Sur les forums ça s’excite, tu confirmes qu’il s’agit bien de Xavier de Rosnay (Justice) ?
Kavinsky : Vous verrez bien, ça s’entendra. Si c’est bien lui ça se reconnaîtra au son. On va laisser un peu de mystère, il ne reste plus que quelques jours.

Pas de confirmation alors ?
Kavinsky : Un peut-être, un possible, un plausible. Enfin bon, en même temps, dans la bande de potes, il n’y a pas beaucoup de mecs qui puissent porter de noms à consonances vietnamiennes. Donc j’ai quand même du mal à me demander pourquoi les mecs se creusent autant la tête pour savoir…

Tu n’as pas l’impression que le mouvement électro s’est un peu essouflé cette dernière année ?
Kavinsky
 : Beaucoup d’albums vont sortir cette année, celui de Surkin, SebastiAn… le mien. Les Justice sont repartis en studio. Beaucoup de choses ont été faites, il y a toujours un petit moment de creux, mais ça arrive. Je ne pense pas que le mouvement ce soit essoufflé, il y a des choses nouvelles tous les jours. Maintenant si les gens ont cette impression c’est pas forcément qu’ils sont déçus du fait qu’il ne se passe rien, mais plutôt qu’ils sont très impatients. Je ne suis pas sûr de pouvoir répondre correctement à la question en fait, te donner une vision globale et générale de la situation. Ce serait plus une question pour Pedro Winter en fait… Il est plus en place que moi, je suis juste un petit mec qui fait son taf dans son coin. Et puis, en fait, je crois que je m’en branle.

Bon, te demander si l’électro s’est assez démocratisé on oublie alors?
Kavinsky
 : Je crois que je préfère aller me servir un drink (rires). Le fait de savoir s’il y a un, deux ou dix mille mecs qui marchent dans le milieu ? Je m’en lave les mains ; moi je ferai toujours ma zic. Je continue toujours de m’intéresser au travail de ceux qui m’ont donné envie de me lancer, ensuite le reste, je ne suis pas trop regardant, je ne focalise pas. Faut pas que ça te sorte de ton truc à toi.

Les artistes classés électro ont tendance à d’abord séduire l’étranger avant de cartonner en France…
Kavinsky
 : Complètement… Je matais un dessin animé tout à l’heure : un cosmonaute qui arrive sur une planète d’extra terrestres et du coup c’est lui qui devient l’extra terrestre… Quand un mec vient d’ailleurs c’est toujours plus intéressant. C’est vrai que je préfère jouer à l’étranger la plupart du temps. Je ne généralise pas, mais c’est vrai que le public français est assez critique et ce n’est pas toujours justifié. Je pense à la Belgique ou l’Espagne par exemple, ils sont plus relax… alors je ne sais pas si c’est parce qu’ils boivent plus, qu’il prennent plus de drogue, qu’ils se couchent plus tard…

Faut être sous influence particulière pour apprécier l’électro?
Kavinsky : Je ne suis contre rien et pour rien…

Tu penses que les gens se tournent vers l’électro parce qu’ils s’ennuient musicalement parlant ?
Kavinsky
 : Ca doit arriver parfois je pense. Mais je vois mal un mec qui écoute Christophe Mae se tourner vers Kavinsky. Il y a ceux qui écoutent de la house classique, basique, linéaire et qui finissent par se tourner vers des choses un peu plus personnalisées. Myspace ça ne marche plus, il n’y a plus que les pros qui y vont pour voir la gueule que t’as, le public n’y va plus.
Ouais t’as peut-être raison, il y a peut-être un petit blanc, mais je ne vois pas le truc s’endormir, il y a trop de trucs qui arrivent pour que le mouvement perde de son importance.

Tu veux faire bouger ou planer le public ?
Kavinsky
 : Planer c’est quand même mieux que bouger… Ca peut paraître prétentieux ceci dit. Qu’ils se bougent c’est déjà pas mal, après s’ils planent tant mieux.

Tu penses qu’on peut bien vieillir dans l’électro ?
Kavinsky
 : Tu me demandes ça parce que j’ai les cheveux blancs ? (rires). Ha, je ne sais pas si je ferai ça jusqu’à cinquante piges, l’essentiel c’est que je continue à me marrer. Je mettrai toujours des baskets et des cuirs dégueulasses à cinquante piges. J’arrêterai le jour ou je sentirai l’ennui arriver.

Tu te dis déjà mort. Tes inspirations proviennent de la culture eighties. Kavinsky fantôme des années 80 ?
Kavinsky
 : Pas un fantôme, un zombie. Il ne traverse pas encore les murs Kavinsky, il n’est pas vaporeux, il est en chair et en os. Après, tu restes influencé par ce qui t’as bercé. Ce sont des automatismes en fait.

Tu penses que pour se démarquer il faut se créer un personnage ?
Kavinsky : Je ne sais pas trop, je commence à me dire que oui en voyant tous ces mecs sous casques et masques.

Et toi, c’était calculé ?
Kavinsky
 : La seule raison pour laquelle je ne me montre pas trop moi, Vincent Belorgey de mon vrai nom, c’est parce que je n’ai pas envie de faire d’interviews filmées ou faire des couvertures de magazines, je trouve ça ridicule.

Le public est quand même curieux de savoir à qui il a affaire non ?
Kavinsky : On ne va pas citer l’exemple célèbre des Daft Punk, tout le monde a envie de savoir à quoi ils ressemblent, ca fait partie d’un jeu.

Le mystère attire …
Kavinsky : Il n’y a pas de mystère en ce qui me concerne, je ne me cache pas, je n’ai juste pas envie qu’on diffuse mon image. Si tu vois ma gueule et que t’écoutes ma musique en même temps ce sera pas la même chose qu’avec des dessins, qui je pense, te transportent un peu plus  et qui te pourrissent un peu moins le kiff que si c’était moi en survêt avec mon chien entrain de donner une interview pour Trax. Je pense que les dessins permettent plus de s’évader avec la musique que je propose. Qu’est-ce que t’en as à foutre de regarder un clip avec un mec qui marche et de le voir chanter, c’est juste horrible. Je ne vais pas te sortir le cliché des images qui doivent transporter la musique mais c’est à peu près ça mon concept, et je le trouve très sain.

On sait qu’outre la musique, il t’est plusieurs fois arrivé de faire l’acteur. Tu dis aimer que la musique amène des images. NightCall tu l’as imaginé comme un film?
Kavinsky : L’un va avec l’autre. J’arrive pas à m’imaginer de la zic sans images et vice versa.
Tout l’album est imaginé comme une histoire. Cet EP c’est Kavinsky zombie qui retourne avec sa caisse sur le lieu de sa mort, trois ans après. C’est un peu sa caverne, sa planque, mais personne ne la connaît. Tout le monde sait qu’il est mort mais sa tombe est vide. Même sa petite amie qu’il rappelle, d’où le nightcall, pensait qu’il était mort, mais elle a refait sa vie…

Si tu devais collaborer pour la B.O d’un film, se serait pour quel réalisateur?Kavinsky : J’ai fait une zic pour le film de Gaspar Noé, je ne sais pas trop où ça en est à cause de problèmes de maison de disques. Sinon l’idéal pour moi se serait de faire quelque chose avec Carpenter, bien que ses films soient devenus très moyen. Je ne dis pas que c’était des chefs d’œuvre avant, mais ils avaient un certain charme qu’on ne retrouve plus aujourd’hui. Sinon, je sais pas, j’irai pas jusqu’à te dire John Landis qui fait un film costumé situé au 19ème siècle, ça pourrait pas coller. Tout dépendrait du film en fait. Je ne pense pas être assez talentueux pour pouvoir claquer n’importe quel type de musique avec du clavecin et de la flute à bec, faudrait que ça reste dans mes cordes et mon esprit. Si le film est bon, tout me va, peut importe si le réalisateur est connu ou pas.

Et sur les écrans, on te revoit bientôt ?
Kavinsky
 : Non, j’ai mis ce truc là de côté. Les trucs qu’on me proposait ne me plaisaient pas, je n’avais pas envie d’aller faire le kéké pour un projet un peu bidon. Et puis je n’avais pas l’énergie d’aller faire des castings, c’est un exercice dont j’ai horreur. J’ai vite lâché. J’aime bien jouer dans les films de mes potes mais c’est tout, me retrouver en face d’un mec avec une caméra qui me dit « vas-y, donne tout ce que t’as » ca non j’y arrive pas.

Tu as un film culte ?
Kavinsky Rencontre du troisième type de Spielberg, c’est un film que je peux regarder 5 fois par jour.

Dernière question, si Kavinsky devait se trouver un alter égo féminin ?
Kavinsky : Je ne connais pas beaucoup de meufs qui font de la musique à part des DJette un peu relous qui se la raconte souvent en fait. Là tu me colles, j’aimerais bien en trouver une en plus. J’aurai tendance à penser à une de mes potes qui me ressemble bien mais ca ne parlera pas trop au public.

Réalisée le 05/03/10 à Nice.

M.

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