ACTION BEAT : RENCONTRE AU SOMMET

© Jonathan Bigi

ARCHIVES – PRÉ COMMUNE PRÉSENCE.

Ils sont, clairement, à la hauteur de leur réputation. Energiques, intenables, bruyants… sur scène comme à la ville, les Action Beat ont bien du mal à se soumettre à la discipline. Pour autant, l’archétype du band noisy dépassé, se dévoilent derrière cette formation atypique, six garçons à l’infinie gentillesse et aux valeurs défendues. Sous leurs airs  » d’adulescents  » turbulents, ces têtes brûlées ont une conscience bien éveillée. Action Beat : groupe plus sérieux que vous ne le pensez.

Autant commencer par le dire : Action Beat nous aura offert sans aucun doute l’un des meilleurs souvenirs de l’été. Préparé à être déstabilisé, on ne s’attendait cependant pas à l’être tant. D’abord conforté dans nos présomptions, il n’aura pas fallu bien longtemps pour que nos préjugés se fassent vite pulvériser.

Certes, ces garçons qui n’ont pas leurs langues dans leur poche ont bien du mal à tenir en place. Aussi dynamiques que peut l’être leur musique, leurs déplacements n’ont sans doute que d’égal le fracas de leur riffs de guitare. Mais qu’importe la pagaille, lorsque leur euphorie vous magnétise, vous ne pouvez faire autrement que d’adhérer gentiment à ce joyeux boucan. Assister aux premières loges d’un tel chahut, nous aura même provoqué une certaine fierté, tant nous aurons vécu cette aventure comme un réel privilège.

Au départ, le shooting avait plutôt calmement débuté. Exercice souvent répétitif et ennuyeux, il suffit pourtant parfois d’un rien pour qu’un protocole rigide vire bordélique. En cet après midi d’août, ce sont quelques bières et une chaleur étouffante qui auront finalement réussi à provoquer quelques situations délicieusement inattendues.

Sous un soleil radieux, nous voilà donc plantés devant six jeunes gens en caleçon. Torses nus et bientôt fesses à l’air, nos petits anglais posent en chaussettes noires devant l’objectif de photographes qui s’activent pour ne rien louper.

« I’ve got a rash on my ass » (j’ai un furoncle sur le cul), devient en moins de temps qu’il ne faut pour le dire la phrase à retenir de ce moment aussi insolite qu’excentrique. Cri de guerre stupide mais efficace, celui-ci aura au moins eu le mérite de dérider la face de quelques journalistes faussement timides.

Emportés par la folie ambiante, nous décidons de braver les règles restrictives d’un service de presse aux aguets. Alors que nos starlettes réajustent leur t-shirts dans leurs pantalons et qu’ils serrent quelques mains, nous leur proposons de les rejoindre sur la plage après leur balance. Environnement propice au laisser aller et aux jeux débiles, le rendez vous promettait d’honorer toutes nos espérances.

Rira bien qui rira le dernier

© Jonathan Bigi

Parmi les centaines de paresseux chanceux, nos six garçons n’avaient pas de mal à se distinguer. Si les cadavres de 1664 rassemblés sur le sable consolidaient un premier indice plutôt sérieux, c’est au final à la peau de nos anglais que nous nous sommes fiés. Arrivés tout droit de la brumeuse Albion, nos musiciens affichaient les dos les plus blancs de la station. En rang d’oignons sur leurs serviettes, nos brebis profitaient du paysage au milieu des corps refaits et cramés. Le voyage ne leur ayant pas fait perdre le nord, les petits gars avaient pris soin de déposer leurs effets près de deux jolies demoiselles à demi nues et au derrière bombé ; la vue sur mer paraissant soudain bien moins monotone.

Après deux trois échanges sur la nouvelle séance photo qui les attendait, le vent a comme qui dirait tourné. Alors que le blondinet Luke pointait du doigt un pédalo, on comprenait soudain que la situation allait nous échapper.

Surexcités à l’idée d’embarquer, nos garçons n’ont laissé aucune chance au plagiste ahurit. Un bifton de dix à peine glissé dans la main, et le tour était joué. Feintant de ne pas entendre le personnel qui les rappelait, nos six crapules partaient à l’abordage sans se retourner.

Si le groupe se prêtait au jeu avec délice, nous étions quant à nous pris au piège comme des cons. Pieds dans l’eau sans un rond, il aura fallu négocier la célébrité et l’importance du sujet pour réussir à soudoyer notre plagiste toujours médusé.

Sous les yeux de touristes qui commençaient à se réveiller, nous nous retrouvions à pédaler tout habillé comme des tarés.

Appareils en main et cul trempé, nous nous serons au final plus atteler à esquiver le dommage technique qu’à essayer d’immortaliser en photo la prise d’assaut. Préférant laisser nos joyeux lurons s’éclater sur leur toboggan, nous rejoignions la plage, complètement hallucinés.

La claque

De retour sur terre, c’est dans leur loge que les Action Beat nous convient gentiment. Guitares négligemment délaissées, canettes dispersées, barres chocolatées à moitié entamées… foutoir typique et peu surprenant. Aussi à l’aise que chez eux, c’est dans ce désordre familier que Don, Luke, Jake, Lewis et les deux James acceptent de répondre à nos questions. Et alors que nous nous attendions à batailler sévère, nous fument soudain agréablement surpris. Action Beat, malgré une ambiance foutraque, nous délivrait tout à coup une pensée appliquée à travers une verve certes gaillarde mais un discours bien solide. De la composition du nouvel album aux émeutes de Londres, nos petits gars de Betchley se sont livrés sans résistance et sans retenue. L’occasion pour nous de découvrir des jeunes gens alertes et conscients, mais aussi et surtout généreux. Fortement attristés par la violence qui gagne leur pays, ces derniers ont par exemple participé à la création d’un fond de soutien destiné à aider les malheureux labels indépendants qui ont vu leurs stocks partir en fumée. Une initiative à saluer, que chacun pourra relayer grâce aux réseaux sociaux.

Même s’ils avouent prendre un pied immense à jouer les délurés, ces garçons n’en sont pas moins consciencieux pour autant. Action Beat, c’est un son évidemment déstructuré, mais bel et bien maîtrisé. En live, c’est simple, on a tout simplement pris une grosse claque. Privilégiant la proximité à l’esthétisme et la praticité d’une scène, c’est au milieu du public même que nos artistes se sont produits. Déchaînés et toujours en caleçon, ils auront offert à l’audience un show aussi exceptionnel qu’efficace. Happés par leur énergie incroyable, certains spectateurs auront même eu l’audace de les rejoindre derrière leurs instruments.

Délivrant un son noisy à l’héritage no wave, Action Beat reste une perle rare dans le monde du punk rock. Collectif aux membres interchangeables, ces gamins soumettent une formation atypique pouvant rassembler parfois jusqu’à quatre batteurs et guitaristes en plus d’un bassiste.

Sans concession, Action Beat explose les règles du genre. Dirigé par Don McLean, le groupe ne se soumet peut-être qu’à ses seules directives. A Cannes, sur la terrasse du Palais, les boys de Betchley auront délivré comme à leur habitude une performance fougueuse et explosive. Influencés par le New York de Sonic Youth, leur raid instrumental aura sans nul doute décrassé plus d’une oreille sur la croisette. Telle une horde sauvage, ces chiens fous auront pris possession des lieux, renvoyant nos jeunes kids trop propres sur eux à leurs écoutes asthéniques et mainstream.
Que voulez-vous qu’on vous dise de plus ? Action Beat, ça déchire, mais ça demande aussi d’être un peu curieux. De notre point de vue, ces mecs là auront marqué l’histoire du festival à leur manière, avec puissance et fracas.

Interview réalisée le 10/08/11 lors du Festival Pantiero à Cannes pour New Release.

M.

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