ACTION BEAT : L INTERVIEW

ARCHIVES – PRÉ COMMUNE PRÉSENCE.

Après une escapade mémorable à la plage, nos six comparses d’Action Beat nous ont convié à les accompagner dans leur loge. A quelques minutes de leur concert, c’est donc toujours défroqués et la peau encore salée, qu’ils ont amicalement accepté de répondre à nos questions. Autour d’une bière et en toute intimité : extraits.
Pouvez-vous commencer par nous parler un peu de la conception de votre nouvel album ?

Lewis Webb (basse) : En novembre dernier, nous avons passé trois jours dans les studios Peppermint Park de Hanovre, alors que nous étions en pleine tournée. Nous avons commencé à enregistrer là-bas, puis la semaine dernière, nous avons rejoint les Southern Studios de Londres pour un second enregistrement, juste au moment où ces malheureuses émeutes ont éclaté. En fait, nous avons joué à Liverpool où les émeutes ont commencé après que nous soyons partis. Ensuite, nous nous sommes produits à Manchester, où des émeutes ont aussi explosé. Puis nous sommes rentrés en studio à Londres, où des événements similaires ont eu lieu. En gros, partout où nous sommes passés pour jouer ou enregistrer, des violences ont éclaté. Partout où nous étions, le jour suivant, des émeutes étaient lancées. Mais pour revenir à la question, l’album, qui comporte vingt morceaux, est quasiment fini.

Jake Burton (batterie) : Nous sommes arrivés à l’enregistrement sans aucune matière. Nous avons du totalement improviser et créer nos titres aussi vite que possible, du fait que nous n’avions pas beaucoup de temps en studio. En trois jours, nous avons enregistré seize nouveaux morceaux. Sur l’album finalisé, nous n’en garderons que douze.

Luke Webb (guitare) : Pour être plus précis, nous en avons enregistré seize à Londres et en avons gardé une douzaine. Nous en avons aussi enregistré treize en Allemagne, de celles-ci nous n’en avons gardé que sept. Donc en fait, il s’agira d’un double album de 20 morceaux.

Ce nouvel opus a-t-il déjà un nom ?
Tous en chœur : King!!!

Et comment décririez-vous ce prochain album ?
James Walsh (batterie) : Ce sera définitivement plus progressif que ce que nous avons produit précédemment. Ce sera plus complexe. Ce sera… plus mature, si tant est qu’on puisse le dire sans rire.

Luke Webb : Cet album contiendra un tas de nouvelles choses. Il y aura des morceaux qui proviennent d’une improvisation totale, quelqu’un aura lancé une idée et nous auront finalisé un produit en ne partant de presque rien. Pour d’autres, nous nous serons assis dix minutes ensemble pour essayer d’en parler et de rassembler nos idées. Certains titres seront donc très structurés, d’autres « sentiront » complètement l’improvisation. Certains seront très noisy, d’autres seront plus mélodiques et harmonieux. Mais au final ce sera « fucking loud man !  FUCKING LOUD ».

Vous êtes un groupe atypique, dont les membres peuvent changer. On peut se retrouver parfois devant plusieurs batteurs et guitaristes supplémentaires. Pouvez-vous nous expliquer un peu comment ça fonctionne ?
James Walsh : Il y a le groupe de base, composé des six garçons que tu as en face de toi : Don, Luke, Lewis, Carney, Jake et moi-même. C’est la formation qui est restée plus ou moins la même depuis le départ, et c’est aussi celle qui écrit et rentre en studio pour enregistrer les albums. Ce qui change, c’est l’arrivée de potes musiciens qui nous accompagnent parfois sur les lives. Ca tient souvent à la disponibilité de chacun et à qui aura les moyens de payer la location du van pour la tournée ! La plupart du temps on veut le remplir, donc habituellement ce sont neuf personnes qui réussissent à prendre la route.  

Bon, et concernant votre performance de ce soir, comment l’appréhendez-vous ?Luke Webb : La vérité, c’est qu’on vient d’une ville vraiment merdique et ennuyeuse (Betchley ndlr), où rien ne se passe jamais, dans laquelle personne n’a de réelles perspectives intéressantes, artistiques ou culturelles. Donc pour nous, être ici, dans cette belle et ensoleillée ville de Cannes, au milieu de l’été, pour jouer dans un tel festival aux côtés de groupes comme Battles, c’est quelque chose de vraiment merveilleux pour nous.

L’Angleterre subit actuellement toute une série d’émeutes, vous en faisiez allusion tout à l’heure. Que ressentez-vous par rapport à toute cette violence ?
Luke Webb : Le fait est que la plupart des jeunes qui se manifestent par ces violences aujourd’hui sont des gens sans privilèges, et qui ont sans doute beaucoup de raisons d’être en colère. Ils auraient pu décider d’utiliser cette violence parce qu’ils avaient disons au moins un message à faire passer, mais la vérité, c’est qu’à travers leurs malheureux actes, ils ne délivrent aucun message.
Ce sont juste des gosses qui deviennent fous et qui s’éclatent à foutre le bordel, rejoints dans un élan par leurs potes, etc… Il n’y a aucun sens ou message à donner à ces émeutes. Je ne sais pas, ils prennent juste plaisir à ruiner et foutre en l’air la vie d’autres concitoyens. Nous ne tolérons pas cette attitude. Il y a des gens qui viennent des mêmes communautés que ces jeunes, qui sont peut-être aussi blasés par leur quotidien, mais qui au lieu d’abandonner ou de tout envoyer chier ont monté leur propre business, se sont donnés les moyens de faire quelque chose de leur vie. Des gens qui ne partaient de rien, qui sont restés motivés et qui voient aujourd’hui leurs entreprises, leurs petites boutiques détruites par des gosses inconscients qui n’en ont rien à foutre. Nous sommes vraiment tristes de voir comment notre pays est capable d’agir ainsi.

J’ai lu sur votre page Facebook que vous participiez à la création d’un fond de soutien destiné à aider les labels indépendants qui ont vu tous leurs stocks brûler pendant ces émeutes ?
Don McLean  (guitare) : Des émeutiers ont incendié les entrepôts de Sony à Enfield, dans le nord de Londres. Ils abritaient notamment les services de distribution de PIAS (Play It Again Sam, le plus grand distributeur de labels indépendants d’Europe ndlr) et un tas d’autres labels indépendants comme Domino ou Soul Jazz. C’est une situation plutôt critique ; l’industrie de la musique indépendante est déjà dilapidée et aujourd’hui la jeunesse britannique se met à incendier tous les centres de distribution… c’est vraiment très triste. Je pense que de toute part de l’Angleterre, les gens vont se mobiliser pour la musique.

Vous êtes un groupe aux membres nombreux, vous arrive-t-il de vous étripez les uns les autres?
Don McLean: Yep, tout le temps.

Luke Webb : Il y a deux semaines, on a donné un concert à Londres pour fêter l’anniversaire de notre label indépendant (Fortissimo Records, ndlr). On a fait une grosse fête, on avait plutôt bien bu. Mon frère Lewis s’est endormi pendant que tout le monde s’attelait à ranger le matos…Quand il s’est réveillé, il s’est aperçu que personne ne s’était préoccupé de son matériel à lui ; on s’est pris une salve d’injures, il est devenu fou.
Oh, et hier soir aussi, Don a pété les plombs. C’est lui en fait qui manage le groupe et qui prend les décisions, et qui fait la plupart du boulot, pour être honnête. Et nous autres on a l’habitude de bien déconner et d’abuser parfois. Hier soir avec l’alcool il est devenu complètement fou à son tour, et s’est mis à nous gueuler dessus et nous faire la morale pendant une heure. Et plus on essayait de s’excuser et plus il s’emportait…. Donc ouais, ça nous arrive très souvent de nous prendre la tête.

Quelles sont vos principales références et influences ?
Don McLean: Sonic Youth, The Ex, Fugazi, Swans, Nirvana, Sex Pistols, The Clash…

Et votre aventure musicale, la prenez-vous vraiment au sérieux ou voulez-vous juste vous éclater ?
Don McLean: On prend tout ça sérieusement mais on adore aussi relativiser et s’éclater. Parce que tu vois, tellement de groupes prennent la grosse tête en pensant qu’ils sont super bons, alors que… pas du tout.

Lewis Webb: C’est clair, le nombre de groupes qui se prennent trop au sérieux… Quand on arrive sur des festivals comme celui-ci et qu’on vient vers nous en nous demandant où est notre manager et qu’on leur rétorque qu’on n’en a pas, ils ne comprennent pas et n’aiment pas ça. Parfois ça arrive même à les fâcher. Ils doivent faire affaire avec Don, parce que c’est lui le patron, au lieu de s’adresser à un manager qui nous supervise, et ils ont du mal avec ça. Je te le dis, ils prennent tout ça vraiment trop au sérieux.

Pensez-vous que votre réputation vous est fidèle ?
Luke Webb: Tu peux nous dire quelle est notre réputation ?

Vous savez, qu’à vous tous vous êtes un sacré boucan, que vous débordez…d’énergie ?
Don McLean: On est des mecs sympas. Mais, si tu merdes avec nous…. Aaaaargh !!! (rire général)

Lewis Webb : Quand on se sent baisé par quelqu’un, on le baise à notre tour !

Luke Webb : On peut dire qu’on se prend au sérieux dans le sens où on croit réellement en la musique que l’on produit. On n’est pas là juste pour foutre le bordel, on aime ce qu’on fait, et on pense que c’est plutôt bon. On essaye de créer un son nouveau et original mais qui soit aussi empli d’une putain d’énergie et qui ait l’esprit du rock et du punk rock

Lewis Webb : L’important n’est pas d’être un excellent musicien. Les batteurs sont plutôt très bons, mais personne dans le groupe est un super musicien. Le but n’est pas d’être super intelligent derrière ta guitare ou ton clavier. Ce qui compte c’est juste d’être ensemble, de rassembler nos énergies en d’en faire quelque chose de bon.

Luke Webb : L’énergie, ca fait un peu hippie, un peu cliché mais ça nous correspond pourtant très bien. La vérité c’est qu’elle est très importante pour un groupe.

Et sur scène, vous improvisez beaucoup ?
Lewis Webb : On en avait plus l’habitude avant. Sur la tournée en 2007, le set n’était pratiquement que de l’impro. On jouait peut-être un ou deux morceaux correctement, mais le reste était complètement improvisé. Aujourd’hui, on improvise plus à la base en fait, c’est à dire en studio. Mais ces morceaux, une fois enregistrés, on doit les apprendre. Donc plus nous enregistrons, et plus nous devons apprendre de titres auxquels on doit se tenir. Mais il y aura toujours un peu d’improvisation, parce que nos concerts peuvent être longs et qu’il faut du changement, les gens sont aussi en attente de ça.

Un artiste avec lequel vous aimeriez collaborer ?
Lewis Webb : Normalement, nous devrions enregistrer avec Steve Albini de Shellac l’année prochaine à Chicago. C’est le plan, croisons les doigts. On est de grands fans. Mais, Sonic Youth est notre influence principale. Jouer avec eux serait un rêve qui deviendrait réalité, pour nous tous.
Collaborer avec The Ex aussi. Un groupe néerlandais, très, très, très bon. Nous aurons un morceau sur le nouvel album qui leur rendra hommage. C’est un groupe tellement bon et qui nous inspire tellement. On est même devenu pote avec certains membres du groupe, parce qu’ils sont venus nous voir jouer quelques fois. Un jour, on adorerait créer un groupe avec eux, rassembler The Ex et Action Beat, ce sera génial.

Luke Webb : Il faut aussi dire qu’à l’époque où nous étions très jeunes, et que Don commençait à improviser des concerts, The Ex a été l’un des premiers groupes à venir jouer dans notre ville. On était tous très jeunes, très impressionnables, ca nous a forcément littéralement troué le cul. 

Et pour finir, le secret d’Action Beat, c’est quoi ?
Luke Webb, après que Lewis nous ait réellement dévoilé leur secret : Peut-être ne devrais–tu pas le révéler au grand public. Sinon, on va se retrouver avec des centaines d’Action Beat !

Interview réalisée le 10/08/11 lors du Festival Pantiero, à Cannes pour New Release.

M.

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