À ALEP / حلب

Cela fait quelques semaines déjà que je me posais la question de savoir s’il fallait que j’écrive ou non sur le sujet. L’envie était grande, autant que l’est mon sentiment d’impuissance. Mais ce constat fait sur l’évidence que je ne suis ni géopolitologue, ni intellectuelle, ni sur place, m’empêchait de me lancer. Qui suis-je pour parler d’un sujet si grave ? Puis-je évoquer l’horreur d’une guerre sans être piégée par la désinformation ou bien être accusée de naïveté ? Est-ce qu’écrire sur celle-ci c’est oublier toutes les autres ? Autant de questions qui faisaient que je préférais rester réservée sur le sujet.
Et puis, ce matin, j’ai entendu Nicole Ferroni délivrer sa chronique hebdomadaire pendant le 7-9 de France Inter. Percutante, comme chaque mercredi. Sauf qu’aujourd’hui, il y avait quelque chose d’inhabituel dans son exercice. Quelque chose de troublant. Quelque chose d’émouvant. En effet, ce matin, à la place des rires, il y avait des larmes. Bouleversée par son sujet, c’est avec sanglots que Nicole a prononcé les derniers mots d’une chronique qui ne peut laisser personne indifférent.

Touchée par ce que je viens d’entendre, je décide que je vais écrire. Parce qu’après tout, ce blog est un espace sur lequel j’ai décidé de poser parfois mes humeurs. Mes mots ne changeront rien. Ne sauveront personne. Mais de la profonde modestie et impuissance dont ils proviennent, ils seront là pour dire aux habitants d’Alep toute la désolation qui m’imprègne face au cauchemar non pas qu’ils vivent, mais qu’ils subissent.
Voyez-vous, à peine ai-je fini d’écrire cette phrase que je ressens un sentiment de honte. Qu’en ont-ils à faire de nos mots ?
Alors oui, je ne suis pas énarque, encore moins spécialiste de la Syrie, je ne comprends pas tout, ne connais pas assez bien les  « pourquoi », « comment » et enjeux de ce conflit et ne chercherai pas à l’analyser ou l’expliquer. Puisque tout ce qui importe ici, c’est l’humain; ces familles et ces enfants qui chaque jours, attendent la mort…

Que dire… Qu’écrire ? À part l’impuissance terrible que l’on peut ressentir face à cette situation dramatique. Que fait la communauté internationale pour aider ces populations démunies, abandonnées, dont les villes et les vies sont détruites les unes après les autres par les bombes ? Que font nos pays ? Quand est-ce que les dirigeants de ce monde vont-ils se décider à réagir; ou plutôt agir ? Au lieu de pousser leurs propres citoyens à se replier sur eux-mêmes, à véhiculer la peur de l’autre, à vouloir construire des murs ? Comment ne pas comprendre l’exil brutal, que peut engendrer un tel conflit armé ? Attendent-il qu’il ne reste plus rien de ce pays, sinon seules les âmes errantes d’innocents ? Avons-nous réellement conscience de la destruction massive que subit Alep ? Avez-vous essayé de regarder à quoi ressemblait cette ville avant cette guerre ?  Vous souvenez-vous de ses couleurs ? Nicole Ferroni en fait un rappel malheureux au cours de sa chronique en citant un extrait du Guide du Routard 2006 consacré à la ville. Son parallèle est  saisissant et poignant. Cette « cité mythique de ce monde », si vivante et colorée n’est aujourd’hui plus que ruines.

Comment peut-on laisser des êtres humains vivre pareille souffrance ?
Comment rester insensible devant de telles images, de telles détresses ? Comment ne pas être en colère, comment ne pas ressentir de frustration, une fois encore, face à notre impuissance à aider ces civils ?
Un crime contre l’humanité se déroule sous nos yeux, et pourtant, cette impression déchirante qu’il s’est « banalisé  » pour nos populations. C’est ce que je ressens et ce qui me mets hors de moi, lorsque les journaux télévisés arrivent à l’évoquer 2m30 avant de passer sans transition à un sujet sur les marchés de Noël… Ce que subissent les civils, les médecins, les aides humanitaires sur place et pourtant loin de l’être, « banal »…

Que peuvent changer mes mots posés là pour ces pauvres gens, alors que je vis un quotidien normal dans mon confort occidental ? Rien.
 « Rien ». Le mot pèse, et la prise de conscience de ce qu’invoque ce mot est soudainement lourde et violente, pour quiconque aimerait pouvoir venir en aide à ce peuple d’Alep, comme aux autres.
J’aimerais aider, agir, mais ne sais comment.
Je suis révoltée.

M.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *