« LISTEN TO ME MARLON » : INTROSPECTION D'UNE LÉGENDE.

Voici sans doute le plus beau documentaire consacré à un acteur que j’ai eu l’occasion de voir à ce jour. Avec Listent to Me Marlon, ne vous attendez pas à entrer dans la vie privée de la star, aussi scandaleuse, dépravée ou malheureuse qu’elle put être, (les médias s’en sont chargé), mais préparez-vous plutôt à une rencontre spirituelle, voire philosophique, intrigante, étonnante, et bien sûr, émouvante.

UN DOCUMENTAIRE HORS_NORME.

Pendant de nombreuses années, pour se défaire de ses tourments et de sa douleur, Marlon Brando a secrétement pratiqué l’autohypnose. Pendant de longues heures, l’acteur qui se parlait donc à lui-même, enregistrait sur cassette audio ses réflexions et pensées autour de sa carrière et de la vie en général.
Grâce à l’obtention exclusive de ces documents privés, le directeur Stevan Riley réalise ici un véritable petit chef-d’oeuvre. De façon assez spectaculaire, Riley réussit à juxtaposer ces archives audios, abondantes et inédites, aussi bien à des images toutes aussi personnelles, qu’à des interviews retrouvées ou des extraits de films mémorables.
Vraie performance audiovisuelle, Listen to me Marlon se distingue surtout de part son montage intelligent et brillant.
Avec plus de 200 heures d’enregistrements, Riley aurait pu facilement se faire prendre au piège : se perdre dans des anecdotes inutiles ou produire un documentaire racoleur. Heureusement pour les amoureux de cinéma, le réalisateur s’impose grâce un éditing pointu et percutant.

Tout au long de 90 minutes captivantes, le spectateur n’entend et ne se passionne que pour une seule voix : celle de Brando lui-même. Comme s’il lisait à voix haute une autobiographie qu’il rédigerait en temps réel, voilà que l’acteur se raconte à mesure qu’il replonge dans son passé. Petit à petit, on entre, comme invité, dans l’intimité d’un des plus grands acteurs du cinéma. Et alors qu’il n’est déjà plus qu’un homme seul et angoissé, on y découvre le regard que ce dernier porte sur sa vie, sa carrière. Et, curieux, attendri, c’est avec beaucoup d’attention qu’on écoute le héros d’Un Tramway nommé désir analyser son statut d’icône du cinéma et se confier sur ses opinions et les coulisses de celui-ci.
Star d’Hollywood, Brando fut, comme on le redécouvre, l’un des premiers grands acteurs du cinéma américain à en critiquer le système. Même si, il avoue, s’en être servi aussi à certaines périodes de sa vie, alors qu’il était déjà fatigué et quelque peu désabusé.
N’oublions pas que si le spectateur, à travers ce documentaire, a l’impression d’être le confident direct de l’acteur, Brando se parlait avant tout à lui-même. Ses propos sont donc aussi honnêtes que cinglants.
En conflit avec Hollywood et sa mentalité, Marlon Brando trouva refuge à Tahiti, dont il tombe amoureux lors du tournage des Révoltés du Bounty (1962).

C’est d’ailleurs très certainement à cette période, que naît chez lui une vraie conscience politique et sociale. Bien qu’heureux sur les terres du Paradis.
Alors qu’on l’entend évoquer les droits des noirs ou prendre la défense des Indiens, on admire l’homme sensible, engagé, préoccupé par les injustices, les discriminations civiques et raciales, qui n’a pas peur de prendre la parole, quitte à se faire moquer par ses pairs ou perdre des contrats. Ainsi, Riley nous remémore au cours de son film que l’acteur refusa d’accepter l’Oscar du meilleur acteur en 1973, qui lui était décerné pour son interprétation dans Le Parrain de Francis Ford Coppola. A sa place, il fit envoyer sur scène une jeune actrice Apache faire un discours afin d’attirer l’attention des médias et de la population sur les traitements que subissaient alors les Indiens. Seul Brando osa. Sa sincérité, son honnêteté, face au métier et à la célébrité, devrait inspirer beaucoup d’acteurs aujourd’hui.


Derrière l’acteur, l’homme sensible et complexe.

Si Listen to me Marlon est aussi surprenant et touchant, c’est qu’à travers ce film biographique, c’est en fait la pensée de l’homme qui se dévoile, bien plus que celle de l’acteur.
Ici, Brando parle à Marlon, et on ne se lasse pas une seconde de l’écouter. Chaque mot nous attrape, chaque confidence nous bouscule ou nous émeut. Aucune parole, aucun mot n’est vide d’émotion dans ce documentaire.
De l’admirer, on ne se lasse pas non plus. Disons-le : Brando avait une gueule à tomber. Sa beauté envoutante, qui plut tant aux femmes qu’aux hommes, dégageait un charme et une attitude charismatiques, que ne cesse de nous rappeller ce flot d’images magnifiques.


L’autre grand point fort du film qu’il faut absolument signaler, c’est la retenue du cinéaste Stevan Riley, qui permet d’éviter nombres d’écueils bien trop souvent présents dans d’autres projets de ce genre. Ici, on ne s’engouffre jamais dans le pathos. Et même si les scandales ou les drames de sa vie personnelle sont bien évidemment brièvement évoqués (ses mariages, ses divorces, la mort de sa fille…), ceux-ci ne constituent pas le sujet principal du film. Riley a ce mérite de ne pas s’être trompé de sujet. Plutôt qu’aux événements sensationnels, le réalisateur préfère s’intéresser à l’histoire d’une filiation et d’un héritage. C’est-à-dire à l’analyse et aux conséquences d’une blessure provoquée par la rencontre manquée entre un enfant et son père, ou de la douleur saisissante causée par l’impuissance coupable, ressentie face à l’alcoolisme d’une mère aimée et adorée.
Plus qu’à l’acteur lui-même, c’est donc à l’homme sensible, fragile et hanté que Stevan Riley rend brillamment hommage. Personnage complexe, tantôt égocentrique, tantôt altruiste, Bando était aussi, malgré ses déboires et ses démons, un homme juste, doté d’une lucidité poignante.
Je ne peux que vous conseiller de voir absolument ce film documentaire. L’expérience ne peut en aucun cas vous laisser indifférent, et je pense qu’il n’y a pas besoin d’être un admirateur ou fan absolu de l’acteur pour être captivé par celui-ci.
Avec ce visage digitalisé présent dès les premières minutes à l’écran, avec cette voix qui surgit soudain de l’outre tombe, se diffuse en nous la sensation à la fois étrange et excitante de s’entretenir personnellement avec un esprit qui nous offrirait le miroir de son âme.


Avec l’absence totale de témoignage extérieur, d’intervention de stars venues encenser ou critiquer l’acteur, le film est relaté dans son entièreté par celui qui connaissait au mieux son sujet: Marlon Brando lui-même. Et voici pourquoi ce film est si extraordinaire, si réussit. Voici pourquoi on se sent si touché, si conquis : c’est parce qu’on ne pouvait en aucun cas s’attendre à cette rencontre, magique, avec le fantôme d’une légende.
Alors, bien sûr, il y aurait encore tant à dire… Mais puisque j’espère avoir déjà un peu réussit à vous donner l’envie de visionner ce documentaire, je préfère vous laisser sur cette conclusion : Marlon Brando dans ses propres mots/maux = Fa-sci-nant.

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